…
Les contes du vieux capitaine
#3174456769 - 1
Bière et histoire
Ma mère m'a dit un jour que le vieux capitaine avait toujours une histoire à raconter... moyennant finance. Hier soir, j'ai traîné le long du rivage, épuisé par ma journée de travail. Alors que je me promenais au bord de l'eau, j'ai senti une odeur dans la brise... et quand j'ai levé les yeux, je me suis retrouvé juste à côté des portes du Au Beau Bar. Je me suis souvenu des paroles de ma mère, et attiré par la promesse d'une bière et d'un bon moment dans la taverne, je suis entré. Le vieux marin était en train de polir un verre lorsque je suis entré. Je lui ai dit que je n'avais plus de pièces, mais je lui ai lancé une perle provenant de Orville. Il a aussitôt préparé une bière et une histoire. D'une voix étouffée, il s'est remémoré la semaine qu'il avait passée dans la gueule d'un dragon marin échoué sur la plage alors qu'il était loin de chez lui, sa voix aussi rauque que l'eau derrière la fenêtre. Il raconta qu'il s'était caché entre ses dents nacrées et avait dormi sous sa langue, allumant un feu sur son crâne pour signaler sa présence aux sauveteurs. Puis, il s'est brusquement interrompu. Je lui ai demandé comment l'histoire se terminait, et il m'a tendu discrètement la main pour que je lui donne un autre paiement. Je reviendrai bientôt pour entendre la suite !
- 2
Nageoires ou histoire ?
À l'époque, j'étais un garçon turbulent. Je passais chaque jour d'école à la plage plutôt qu'à l'école, à détruire les châteaux de sable des inconnus et à faire des ricochets sur l'eau. Une fois, j'ai aperçu au loin un petit bateau sur lequel se tenait en équilibre une silhouette indistincte. Alors que je fixais mon regard dans cette direction, les silhouettes se sont renversées et ont fusionné en une seule, troublant la surface de l'eau. Quelqu'un était-il tombé dans le lac ? J'ai attendu que la personne refasse surface, mais personne n'est réapparu. Quelques instants plus tard, une créature faite d'algues et d'eau salée émergea des vagues ondulantes près du rivage. Elle était beaucoup plus proche que le bateau ne l'avait été, et à mesure qu'elle s'approchait, je commençai à distinguer un visage grisonnant sous le tas d'algues. C'était le capitaine. Je lui ai demandé comment il avait réussi à traverser si rapidement les eaux qui séparaient le navire en train de couler de la plage. Il a souri et m'a répondu :« Le baiser d'une sirène m'a donné des nageoires, mon cher garçon ! » Et il s'éloigna en trottinant. Ce n'est que plus tard que j'ai remarqué que ses pieds avaient laissé une empreinte étrange dans le sable. Son histoire aurait-elle pu être vraie ?
- 3
Les mensonges d'un vieillard ridé
À l'école, on m'avait appris que le capitaine Melville aimait raconter des histoires. Des histoires invraisemblables. Le genre d'histoires qui sentent plus les vieilles bottes que la vérité. En tant qu'ouvrier, j'ai toujours su que sa taverne, le « Au Beau Bar », ne devait pas seulement son nom aux bars magnifiques qu'il pêchait, mais aussi à sa tendance à modifier la réalité, voire à raconter des bobards. Et pourtant, les gens adorent ça. Ils se pressent autour de lui comme s'il était un prophète venu de la mer, buvant chacune de ses paroles mensongères. Pourquoi ? Cet homme est un menteur. Un fossile. Il n'est pas sorti de la baie depuis des années. Pourquoi croire un seul mot de ce qu'il dit ? Pire encore, pourquoi acheter son poisson ? Surtout quand nous vendons de meilleure pêche, moins chère, et sans faire tout ce cirque ! La semaine dernière, il a fait irruption sur la place, les cheveux en bataille, en criant, « Les Drak ! Je les ai vus, ils sont de retour ! » Cinéma. Toujours le cinéma avec lui. Ce n'est qu'une autre de ses histoires, racontée pour l'argent et la gloire. Et pourtant, les gens gobent tout. Des imbéciles, tous autant qu'ils sont.
- 4
Vin et écume de mer
Une fois, en tant que couturière, j'ai eu un client très populaire : le vieux capitaine lui-même ! Je n'oublierai jamais l'aube où il a trébuché sur mes portes ouvertes, la barbe loin d'être aussi cendrée qu'aujourd'hui, vêtu d'à peine plus qu'une chemise tachée. « Beau matin, jeune fille ! » Il croassa d'une voix rauque, « Je voudrais un nouveau manteau ! Bleu profond comme la mer, avec de l'or et du glamour, je dirais... Hick ! » Pendant que je prenais ses mesures, je l'ai observé attentivement. Il sentait le vin et il lui manquait non seulement son manteau, mais aussi une chaussure... Quand je lui ai posé la question, il m'a répondu : « Non, le vin n'est qu'une partie de l'histoire. Voyez-vous, alors que je me promenais tardivement sur le canal, un vieux diable né de l'écume bleue m'a interpellé depuis les profondeurs ! Il m'a proposé de m'échanger une bouteille de son meilleur vin contre un bouton de mon manteau ! Une bouteille contre un bouton ? Je me suis dit : pourquoi pas ? Mais alors que je me baissais pour récupérer le vin, cette créature espiègle m'a tiré par mes boutons de manchette et s'est transformé en écume de mer ! Hick ! Je suis tombé par-dessus bord, à l'aide, à l'aide ! Ils ont dû me repêcher, moi et mon bateau... et mon manteau, il avait disparu avec les vagues ! Hick ! » J'avais préparé sa nouvelle veste en trois jours, mais je me suis toujours demandé pourquoi ses anciens vêtements n'avaient pas été rejetés sur le rivage. S'étaient-ils eux aussi transformés en écume ?